PECHES D’HIVER, PECHES DIFFICILES ?
mercredi 10 février 2010,
par Marc Callegari
Après un Automne, encore cette année, assez doux, un Automne ayant permis la mise au sec de quelques beaux sujets un peu partout dans l’hexagone, la frustrante bête noire de tous les pêcheurs est de retour avec ses fortes gelées et sont vent du nord glacial. Les paysages ternes, les arbres vêtus de givre ou tendant sur le marron ainsi que le ciel gris vont être notre lot pour quelques mois désormais. De quoi déprimer pendant quelques temps : la dise du carpiste est venue mais est-il possible de prendre des carpes et quelles périodes privilégier ?

UNE METEO PHYSIQUEMENT RUDE
L’art de la pêche ne sera jamais une science exacte, bien trop de facteurs entrent en compte pour que quiconque puisse un jour tirer des conclusions fiables et durables, seules demeurent des constantes liées au métabolisme et au tempérament de la carpe. Souvenez-vous, il y a quelques années il se disait impossible de prendre des carpes par grandes gelées ! Tout reste possible pour les plus assidus, et ce toute l’année, même en hiver.
La pêche hivernale devient, quoi qu’il arrive, une pêche exigeante, demandant, au quelques téméraires osant la pratiquer, un mental, une préparation et surtout une approche sans faille. Mais il est possible de prendre des carpes ! Difficilement certes, mais bel et bien possible.
Bien entendu, lors des grands froids, piquer de très grosses carpes reste souvent anecdotique. Il est même surréaliste de penser en capturer plusieurs, une seule relève déjà de l’exploit. En général, nous devons nous contenter de poissons plus modestes pourtant déjà si difficiles a tenter.
Mais à certaines périodes où la météo nous est favorable, qu’en est-il ?
En effet contrairement aux idées reçues et à se qu’il est possible de lire, ce sont surtout les carpes de petites a moyenne taille qui restent activent régulièrement tout au long de l’hiver nous n’avons qu’a nous reporter a nos carnets de prises pour le vérifier. Ces dernières ont des besoins nutritionnels en rapport avec leur croissance, c’est-à-dire qu’elles doivent s’alimenter plus régulièrement pour maintenir un développement optimal, ce sont donc elles que vous avez le plus de chances de déposer sur votre tapis en plein hiver et non de fainéants mammouths ayant fait quelques réserves quatre mois plus tôt, en Automne, et pouvant ainsi patienter jusqu’aux radoucissements périodiques ou a de simples dépressions atmosphériques plus favorables à leurs déplacements et augmentant leurs chances de trouver pitance aisément, leur permettant ainsi une perte calorique moindre.
Ces rares et courts moments restent donc extrêmement prolifiques et peuvent vous offrir de très belles prises, ce même au cœur d’un hiver on ne peut plus viril, mais il faut rester réaliste quant a cette probabilité, en attestent les rares clichés de grosses carpes pris a cette période en rapport de l’automne ou de l’été, leur capture a cette période demande une approche optimum à savoir : bon choix du plan d’eau, du poste, de l’appât et de l’amorçage, mais surtout du moment.
OPTIMISEZ VOS SESSIONS
Même pendant les hivers les plus glacials, nous observons des périodes de dégel voire même des épisodes pluvieux, c’est exactement à ces moments là qu’il faut se trouver au bord de l’eau en action de pêche afin de mettre le plus de chance de votre coté et éviter de perdre votre temps ainsi que votre moral. A ces moments extrêmement favorables a la capture d’une carpe, quelques heures voire une nuit peuvent permettre de très beaux tableaux alors que le reste de l’hiver, même en passant plusieurs jours ou semaines à la pêche, il vous serait impossible d’entrevoir une seule écaille.
Profitant d’un confort ainsi qu’une manne de nourriture due a la fonte des éventuelles glaces de surface, ou encore a la présence de quelques insectes ou mollusques, les poissons ont tendance a reprendre une alimentation souvent courte mais intense, Il est alors possible de mettre a l’épuisette de très jolis spécimens. Tout le problème réside dans le créneau extrêmement court de ces périodes qui ne permettent pas a tout le monde d’improviser une partie de pêche, travail et obligations personnelles obligent, cependant, si vous avez proche de chez vous un plan d’eau contenant quelques carpes si petites soient elles, n’hésitez pas, une paire d’heure peut vous apporter pas mal de départs…et pourquoi pas un poisson au dessus du lot !
Ce sont LES périodes à ne rater sous aucuns prétextes quitte a consentir quelques sacrifices ! Equipez vous chaudement, cache-col, bonnet ou autres gants devront être de la partie mais surtout munissez vous de pantalons ainsi que de vestes imperméables sous peine de voire ces quelques heures ce transformer en calvaire et ainsi vous équoeurer définitivement des pêches « hors saison », qui pourtant, peuvent apporter de grands moments.
NE NEGLIGEZ PAS LES BORDURES
Avec les heures passées au bord de l’eau en hiver, je me suis aperçu que les grandes profondeurs ne paraissent pas plus prolifiques pendant les mois froids. Les profondeurs dépassants les 8 ou 10 mètres peuvent, en effet, permettre des départs lors de l’arrivée du froid (après quelques semaines) ou surtout en plein hiver par de très grandes gelées au delà des -10° mais elles restent très aléatoires, je préfère de toutes façons éviter ces moments difficiles sur tous les points. Les poissons présents dans ces couches d’eau sont, le plus souvent, en stagnation et ne s’alimentent que très peu. Il est toujours possible de les tenter en leur présentant un bon appât prés du museau mais faut-il encore savoir ou ces derniers se trouvent et réussir à tomber dessus, personnellement je garde ces approches pour les plans d’eau dont je connais précisément la topographie et, bien qu’y plaçant toujours une ligne, préfère des pêches plus classiques, précises, lors de fenêtres météorologiques plus clémentes, dans bien des cas plus productives que les froids sibériens.
En effet, lors des redoux, tout comme durant l’été, la nourriture naturelle se trouve en majorité en bordure ou bien sur les hauts-fonds, notamment par temps pluvieux ou ensoleillé. Les quelques rares larves, insectes, écrevisses ou autres fientes d’oiseaux s’y déposent plus que dans les grandes profondeurs. Les écrevisses, source principale de protéine des carpes en période hivernale restent également en majorité dans leurs caches, sous les cailloux ou éventuellement sur les cassants de terre et de glaise situés sur les tombants des berges et donc rarement après 8 ou 9 mètres. Les Corbicules eux aussi restent faiblement présents sur les zones où subsistent encore de la végétation notamment, là aussi sur les hauts fonds. Les quelques poissons reprenant une certaine activité risquent donc de remonter de leurs zones de confort pour s’alimenter là ou ceci leur est le plus facile. Toutefois, habituellement bien productive, je bannie totalement l’extrême bordure située entre 60 centimètres et 1 mètre car encore très froide malgré le redoux de par un phénomène de rétention du froid par le sol et la roche et opte plutôt pour les fonds entre 1,5 et 8 mètres. La thermocline oscille souvent dans ces couches d’eau selon le brassage dû au vent ainsi que la rudesse des températures les jours précédents. Ces zones offrent l’alternative la plus sure pour rentabiliser le temps passé au bord de l’eau !
APPATS, AMORCAGE ET CHOIX DU TERRAIN DE JEU
Le choix le plus difficile réside dans celui du plan d’eau ! Une bonne connaissance du cheptel ainsi que de sa taille moyenne est primordiale, en effet selon vos objectifs il peut varier du tout au tout. Si votre but est de piquer du poisson coûte que coûte et peu importe le poids (la racine de notre pêche, tout a votre honneur), un étang ou une rivière de petit gabarit et a forte densité en carpe est un choix optimal, en revanche si vous ciblez des poissons de belle taille la tache sera plus ardue et c’est en lac ou éventuellement en étang assez volumineux que ça va se passer. Toutefois, où que vous choisissiez de pêcher, une bonne connaissance des postes ainsi que des fonds sera votre meilleur alliée. Dans le cas ou vous décidez de pêcher un plan d’eau que vous maitrisez peu, vous prenez des risques alors n’hésitez surtout pas a changer de poste régulièrement jusqu’à tomber sur des carpes en activité ! Il est certain que ce choix est extrêmement risqué en hiver mais il démontre un certain courage, un courage qui paye toujours a un moment ou a un autre !
Point de vue appât, je ne pense pas que ce soit là le point crucial de la pratique hivernale. De mon point de vue que ce soit bouillettes ou graines, tous ont leur place dans nos sceau car ils sont aussi efficaces l’un que l’autre ! Simplement, si vous obtenez sur votre plan d’eau habituel, de bons résultats avec l’un ou l’autre ne changez rien en saison froide.
HOME BAITS : TOUJOURS UNE LONGUEUR D’AVANCE
La différence se fera plutôt à propos des billes faites par vos soins, en adaptant leur composition aux eaux glaciales, en effet, il vous faudra éviter, bien que là encore il ne s’agit pas d’une science réglée comme une horloge suisse, les bouillettes trop compactes, diffusant mal leurs attractants ou encore les additifs huileux, figeant dans le froid, préférez donc pour vos mix de la farine plutôt que de l’huile de Saumon par exemple. Maintenant il ne s’agit pas de détails cruciaux pouvant ruiner votre partie de pêche et je suis plutôt partisan du placement juste de la ligne, j’ai presque envie de vous dire peu importe ce qu’il y a au bout pour peu que ce soit une esche convenable. Plus que jamais en hiver, c’est le choix du poste puis du placement de la ligne qui fera la différence. Placer une bille Hi-Tech ou, pardon HVN, devant le nez d’un poisson léthargique ne le fera pas bouger d’un poil en revanche un appât quelconque placé au milieu d’une zone riche en nourriture naturelle - rare à cette période - fera mouche.
Mais revenons à nos bouillettes, il faut donc éviter les huiles, que votre appât soit trop compact mais surtout qu’il soit indigeste ! En effet, l’une des approches les plus payantes en eau froide reste l’amorçage d’accoutumance. Il permet, si l’appât est de qualité digestive et nutritive de stimuler des carpes, peu actives de part le froid et le manque de nourriture qui va de pair, en leur proposant une source facilement accessible. Cependant, le métabolisme digestif des carpes en hiver étant très lent il faut leur « mâcher le travail » en incorporant a vos billes des produits diminuant ce temps de digestion (afin qu’elles ne soient pas gavées lors de votre session). Pour cela incorporez de la levure de bière ainsi que des germes de blé a hauteur d’environ 10 à 15% dans votre mix, vous obtiendrez à coup sur de très bons résultats si vous avez également respecté les quelques autres points cités ci-dessus.
A propos des tailles d’ appât, la carpe se nourrissant beaucoup de corbicules, crevettes et autres vers (y compris les plus grosses), je préfère habituellement de petits diamètres peut conventionnels et j’essaye de sortir des diamètres trop communs distribués dans le commerce (20mm), cependant je me heurte régulièrement aux nuisibles qui contrairement a ce que l’on peut croire restent toujours assez actifs durant l’hiver, eux aussi attirés par cette nourriture riche, et je jongle donc, entre des montages tricheur graine/bille, d’assez grosse bille voire même de la tiger en diamètre adapté, encore une fois le but est avant tout que ça tienne les 12 heures d’obscurité, mais si vous avez peu ou pas d’écrevisse optez pour de petites bouillettes, maison de préférence. Autant mettre toutes les chances de son coté !
Quant à l’amorçage, il faut y aller avec parcimonie, il est toujours plus facile d’en rajouter que d’en enlever ! Pour un amorçage d’accoutumance, une cinquantaine de billes tous les 2/3 jours selon la densité de carpes, et ce sur, une, deux ou trois semaines devrait mettre en appétit vos chères et tendres. Concernant les pêches au spot, généralement une poignée de graines déposée précisément sur le montage permettra à la carpe d’engamer votre montage avec l’amorçage et le risque de voir cette dernière picorer sur un amorçage trop copieux sans toucher à votre esche est écarté, pensez au sac soluble ! Il n’est pas utile de réamorcer plus copieusement après chaque départ car le fond sera déjà marqué par l’odeur des précédents ! Pour une pêche à la bouillette, une dizaine maximum en 14, 16 ou 18mm suffit amplement à attirer sans saturer, un poisson de passage. Vous pouvez également diminuer un peu ce nombre et adjoindre un peu de pellet mais de préférence de petit diamètre également, 4, 6 ou 8mm.

Voilà je pense que vous avez là toutes les cartes en main pour aborder au mieux cet hiver 2010. Equipez vous chaudement et osez là ou d’autres abandonnent, qui sait peut être serez vous récompensés, a hauteur de vos efforts…